Partager l'article ! Sauvez Willy ? par Hector Deglas: Hector Deglas, « Titor »est l’un des contributeurs réguliers de caribcreo ...
Hector Deglas, « Titor »est l’un des contributeurs réguliers de caribcreole. Pédagogue confirmé, militant de longue date la cause nationale, « Titor »Deglas demeure aussi un observateur attentif et d’une grande perspicacité de la société guadeloupéenne. Il s’est penché sur le « cas » Willy Angèle.
Le titre de cette contribution se réfère au film américain du même nom, réalisé en 1993 par Simon Winger, qui mettait en scène un
orque de 3 tonnes. Oserons-nous tendre une main secourable à cette marionnette de Willy Angèle ? Pourrons-nous ainsi couper les fils de sa dépendance ?
En fait, le texte de Rauzduel-Lambourdière paraît bien trop long pour un si court personnage !
Car, derrière lui, s’exprime en filigrane toute la morgue raciste et méprisante des Békés martiniquais et de quelques Blancs-Créoles guadeloupéens, morgue dont ceux-ci ont hérité d’une histoire
tragique, une histoire où les révoltes d’esclaves et, plus tard, les grèves d’ouvriers s’achevaient très souvent dans le sang. Le 26 mai 1967, Brizard a bien dit que «lorsque les nègres auront
faim, ils reprendront le travail», malgré ses dénégations tardives. Ce sont ces propos qui, lancés dans la foule massée face au Monument aux Morts de Pointe-à-Pitre, ont déclenché la colère des
grévistes, des jets de conques à lambi et les premiers tirs tendus, sans sommation, des CRS.
Alors Willy, voulant dépasser ses maîtres, joue sa partition. Il gesticule, il ironise, il vitupère, il argutie (néologisme oblige) sur le fait que les bénéfices du patronat en Guadeloupe ne
dépassaient pas 340 millions d’euros. Sur quelle base évalue-t-il une telle somme quand on sait que la plupart des grosses entreprises de Guadeloupe ne déposent pas leur bilan annuel au Greffe du
Tribunal comme la loi les y oblige ? A elles seules, les sociétés de M. Hayot ont réalisé plus de 100 millions d’euros ! La SARA, elle, a engrangé 50 millions de bénéfices sur l’essence.
Finalement, on peut estimer cette somme totale à près de 2,5 milliards, dans lesquelles les entreprises guadeloupéennes ne ramassent que des miettes. Parallèlement à ce pactole, il faut savoir
que ce grand patronat en col «blanc» a toujours bénéficié d’exonérations, de subventions, de dettes annulées, sans parler des faillites frauduleuses après les cinq ans de défiscalisation. Citons
le cas de la Ferme de Campêche au patron de laquelle on donna, à l’origine, presque gratuitement 32 hectares et une route d’accès réalisée par les trouffions du SMA. La Ferme a définitivement
…fermé !
Donc Willy ment en disant que cette grève, ajoutée aux revendications du LKP, va ruiner l’économie guadeloupéenne. Mais de quelle économie s’agit-il ? Un commerce d’importation pour l’essentiel,
que ne couvrent que 7 à 8% d’exportations (sucre, banane, melon). Certes, des patrons en difficulté profiteront de cela pour se déclarer en faillite. En temps normal, nombre d’entreprises ne
dépassent pas trois ans de vie. Il en naît autant qu’il en meurt puisque les banques, les assurances et les lois de la concurrence sont à l’avantage des Békés/Blancs-Créoles ou des sociétés
françaises et internationales sises en Guadeloupe.
D’autre part, pour revenir à la mauvaise foi du personnage, Willy a évoqué ces mêmes évènements de mai 67, d’abord en se trompant sur la date, ensuite en citant le cas de son oncle Timothée
Savonnier qui, d’après lui, serait devenu fou du fait de ce drame, et causé par qui ? Par ceux-là même dont il est le porte-parole zélé ! En vérité, Savonnier eut, en prison, une conduite
exemplaire en participant à la longue grève de la faim que fit une poignée d’emprisonnés. Et à la suite des procès d’avril 68, Savonnier fut relaxé.
Qu’est-ce à dire ? L’histoire du MEDEF-Guadeloupe est assez révélatrice du rôle qu’y joue Willy. Cette filiale du MEDEF-France fut créée pour essayer de redonner aux grands patrons de Jarry une
image normale d’exploiteur, une sorte de fumigène masquant leur caractère exogène et leurs surprofits. Au début, Christian Viviès fut le choix idéal car, homme de dialogue et de consensus, il
n’avait pas peur d’assumer sa fonction de chef d’entreprise.
Ensuite, faute de trouver un patron disponible pour la présidence, Willy accepta d’endosser un habit qui s’avère trop grand pour lui, vu qu’il n’avait jamais pu devenir un véritable chef
d’entreprise ! Pourquoi ? Parce qu’il ne sait pas manager ; il ne sait pas diriger du personnel en les respectant. Parce qu’il se prenait toujours pour un monsieur qui sait, imbu de sa personne,
précisément parce qu’il n’est rien! Après deux échecs, il devint président du MEDEF.
Aujourd’hui, Willy dépend de Bernard Hayot qui le téléguide, sans parler de Nicolas Vion ou de Patrick Vial-Colet, deux patrons extrémistes qui l’encouragent à ne pas céder. Donc Willy est pris
dans son personnage et il est prisonnier des autres. Il est contraint de mentir, de dire par exemple sur un journal français que 90 % des travailleurs guadeloupéens n’étaient pas en grève et, en
même temps, d’affirmer que les entreprises ont déjà perdu 23 millions d’euros ! Et puis le comble fut de prétendre avoir été agressé par Elie Domota lors des négociations et de se voir démentir
par le Préfet. Cela dit, comment un homme agressé a-t-il pu accepter de poursuivre après les négociations de 18h à 3h du matin ? Sacré Willy !
Faut-il alors le sauver ? Il n’est pas une espèce en voie de disparition. Il n’est pas de la communauté des orques car, pour sûr, ces cétacés élèveraient de vives protestations… C’est assez ! On
ne sauvera pas Willy ! Lapenn pa vo !