Partager l'article ! LA REACTION LA RAMENE: La Réaction la ramène, nous aussi... Se sentant sans doute plus courageux après plus de 3 semaines ...
La Réaction la ramène, nous aussi...
Se sentant sans doute plus courageux après plus de 3 semaines de conflit, de nombreux messages et commentaires, émanant tous des secteurs jusqu’alors discrets de la Réaction, c’est-à-dire des forces hostiles à ce mouvement, surgissent de tous les côtés d’Interpasnet et d’une certaine presse. Cela va de pseudo témoignages faussement naïfs ou spontanés de prétendus salariés en colère à des sites ou des blogs faussement apolitiques se présentant comme un sursaut citoyen soucieux du bien commun, en passant par des propos dits spécialisés souhaitant faire autorité ou prenant la forme d’articles ou de communiqués qui tentent de nous persuader qu’ils se situent « au-dessus de la mêlée ».
Ces déclarations ont toutes pour objectif de faire croire que la grève est devenue impopulaire et préjudiciable aux salariés et à l’économie et d’ainsi préparer la population à l’idée de sa fin prochaine pour mieux susciter l’impatience, l’incompréhension et donc l’énervement chez les gens avec peut-être même l’intention de provoquer des affrontements. C’est une tentative classique de manipulation de l’opinion publique visant à la retourner à son avantage avec la volonté de forcer les choses en sa faveur en appelant sournoisement à la reprise. Ces tentatives ont en commun, outre la même haine ou rancune tenace à l’égard des grévistes, de provenir des milieux du grand patronat, de la grande distribution, de l’import-export et de leurs complices salariés ou cadres. Toutes utilisent des techniques de désinformation sur le mouvement actuel soit en répandant de fausses rumeurs ou des contrevérités, soit en lançant des accusations voulant se donner l’allure de la vraisemblance, soit en présentant des arguments supposés sensés au sein d’un raisonnement en apparence logique et plein de bon sens.
Certaines de ces déclarations proclament que ce mouvement a fondamentalement raison mais que la méthode employée ne leur convient pas, n’hésitant plus à parler de « commandos », de « milices » voire - tout de suite les grands mots - de « dictature », allant même jusqu’à évoquer les horreurs du dit communisme pour mieux plébisciter ce monde supposé merveilleux du capitalisme heureux et de sa prétendue démocratie. Elles raisonnent toutes comme si les salariés venaient de perdre une liberté qu’ils possédaient avant. Mais quelle démocratie et quelle liberté sinon celle qu’ils ont de se taire en permanence et de se faire exploiter sans protester ? Sinon celle de recevoir au compte-goutte un salaire de misère et de dire merci ? Sinon celle de circuler là où on leur dit de circuler puisque les déplacements vers les lieux de travail, de consommation et de loisir ont déjà été programmés et planifiés en-dehors d’eux et qu’on les y attire comme des fourmis aveuglées par ces faux éclats ? Sinon celle de produire et d’acheter ce qu’on leur a dit de produire et d’acheter ? Sinon celle de consommer des produits dont on a fait en sorte qu’il n’y ait quasiment plus qu’eux sur le marché et de plébisciter fièrement une fausse abondance qui les appauvrit en réalité ? Sinon celle d’avoir l’illusion de pouvoir faire des choix déjà déterminés entre de vulgaires marchandises équivalentes ? Sinon celle d’accepter ce qui a toujours été et est toujours décidé sans eux ? Sinon celle, finalement, de faire vivre et prospérer leurs ennemis en croyant qu’ils sont des bienfaiteurs et celle de travailler toujours plus à l’élaboration d’un monde qui se fait en vérité obstinément, systématiquement et minutieusement contre eux ?
Pourtant cette apparence de liberté à laquelle on les laisse croire comme à des enfants capricieux qui réclament tout ce qui brille, la dictature des marchés, celle de la publicité et la passivité soumise qu’ils ont organisée se sont chargés peu à peu de la vider de sa substance et de sa réalité en modifiant leurs consciences et leur environnement, en manipulant leurs désirs et leurs rêves et en conditionnant l’ensemble des habitudes de leurs pauvres vies. Et l’état s’est chargé de faire appliquer et respecter leurs directives. Ces vampires, qui détournent à leur profit toute l’activité sociale en économisant sur la participation de leurs employés à une vraie démocratie, ont fini par les rendre autres, par les aliéner selon leurs buts. Où est-elle alors cette liberté des salariés qui sont de fait enchaînés à une addiction qu’on a provoquée chez eux et que l’on raffine à n’en plus finir ? La seule liberté dont leurs maîtres parlent en permanence et la seule qu’ils reconnaissent est la liberté de leur commerce pas celle de leurs esclaves salariés qu’ils ont précipité dans le besoin mais qui se croient libres.
Qui pourrait s’obstiner à penser, après cela, qu’il faille employer, face à des gens qui ont constamment exercé par le passé une répression sanglante sur les ouvriers en grève en faisant à chaque fois tirer dans le tas, des méthodes qui pourrait relever d’un dialogue social respectueux et de la bonne foi s’ils existaient ? Mais c’est justement en raison de la forme qu’a prise ce mouvement qu’il a pu soulever autant de questions et poser autant de problèmes sur la table en aussi peu de temps. C’est cela qui a fait sa force, son efficacité et sa popularité. Et il faudrait maintenant écouter ces puristes désincarnés et naïfs qui n’envisagent jamais que les propriétaires de nos sociétés ne comprennent que l’épreuve de force, que l’arrêt durable de leurs circuits d’approvisionnement, de fabrication et de livraison.
D’autres, partisans déguisés de l’UMP, du Médef et même des Békés réunis, commencent par faire semblant d’approuver eux aussi le mouvement en reconnaissant son « très juste combat» (sic !), tout en souhaitant qu’il se contente de « se focaliser sur le contrôle et la baisse des prix » (sur le site de Domactu) et il n’est d’ailleurs pas innocent qu’ils veuillent limiter là son action. Mais ils se foutent vraiment de nous, car qui est responsable de cette absence de contrôle et qui est à l’origine de la formation des prix si ce n’est l’état et le patronat ? Or combattre cette opacité et ces abus revient donc à combattre ceux qui les ont organisés et qui en ont profité. Et ce sont les mêmes ! Ils font semblant de ne pas voir que ce combat est, dans ces conditions, forcément dirigé contre eux. Fumiers !
Ils accusent ensuite la grève et le blocage de l’île de provoquer – éternelle rengaine - le suicide de l’économie et la destruction de l’entreprise. Mais qu’est-ce que l’économie si ce n’est l’idéologie qui justifie et maintient partout, dans les têtes pauvres et dans le monde, un système de domination, le capitalisme, qu’il soit néo-colonial ou néo-libéral, basé sur la création de richesses marchandes et dont ses maîtres propriétaires ne veulent à aucun prix partager la place qu’ils occupent ? Parce que c’est une place qui leur permet de diriger et de contrôler tout le processus qu’ils ont mis en oeuvre. Et qu’est-ce que l’entreprise si ce n’est l’organisation d’une socialisation forcée qu’ils ont inventée et perfectionnée pour leurs salariés qui fabriquent et revendent dans leurs usines de production et de consommation les marchandises dont ils revendiquent seuls la propriété exclusive parce qu’elles constituent la base de leur richesse ? Autrefois sur le modèle de la caserne, de nos jours sur celui plus hypocrite et policé de la « rationalisation » des relations inhumaines à leur service.
Pensant sans doute que tout le monde va l’avaler comme une évidence, ces manipulateurs mettent tous en avant, comme un écran de fumée, le principe selon lequel cette économie et cette entreprise serait devenues définitivement déterminantes et incontournables parce qu’elles représenteraient, en dernière instance, la seule réalité possible à laquelle tout devrait finalement renvoyer en ce monde ; que la société devrait se plier aux règles et aux prétendues lois qu’elles ont édictées et non l’inverse ; qu’une conception sociale généreuse - la spirale infernale d’une croissance éternelle (de leurs bénéfices ?) qui broie en fait chacun dans son expansion infinie, peut-être ? Ou l’élévation du niveau de mort toujours plus équipée ? Ou bien encore le remplacement perpétuel de biens soi-disant essentiels ? - que cette conception donc sous-tendrait en fait le sens de leurs agissements ; que les objectifs qu’elles poursuivent ne seraient donc pas guidés par le seul égoïsme notamment parce qu’elles se préoccuperaient du sort de leurs salariés ; qu’elles œuvrent ainsi pour le bien commun ; et qu’elles sont nécessaires et utiles à une société qui ne saurait désormais plus se passer d’elles sans aller jusqu’au chaos.
A qui veulent-ils faire croire ce credo primaire imbécile et mensonger qui prêche pour sa seule paroisse ? Tout le monde sait bien que les buts poursuivis ne visent certainement pas à « offrir » une part de profit à tous, ni à répartir équitablement la richesse produite, ni à maintenir l’emploi par bonté d’âme envers les salariés, etc. Bien au contraire, à ne considérer que les résultats désastreux de leur hégémonie (perte de la qualité à tous les niveaux, aliments falsifiés, environnement rendu pathogène, maladies induites, etc.), on peut mesurer ces prétendus bienfaits prodigués avec une si grande largesse à une population qui n’a rien demandé mais qui est contrainte de s’en accommoder car l’industrie fait progressivement disparaître tout ce qui peut encore ressembler à quelque chose d’humain. L’économie réduit les hommes, les femmes et les enfants à n’être plus que des porteurs de marchandises obèses, décérébrés, endettés, isolés les uns des autres mais branchés en permanence sur les étranges lucarnes hypnotiques des téléviseurs, des ordinateurs ou des portables qui leur envoient continuellement les ordres appropriés. C’est pourquoi elle tente de faire émerger à tout prix un monstrueux homo oeconomicus docile qui ne lui soit plus hostile ni même en mesure de s’opposer à sa déraison. En les pliant à ses propres impératifs, elle est en train de détruire les villes, les relations sociales et la nature pour les remplacer par des produits de substitution qu’elle implante peu à peu, aidée de ses adeptes et de ses inquiétants experts.
Son nom même d’économie indique sa méthode, la manière dont elle s’y prend pour dégrader tout ce à quoi elle touche : en faisant des économies sur tout, que ce soit sur la qualité et la quantité des matières premières, sur la qualité et la quantité du personnel, du travail, des salaires, etc. Jamais pourtant sur ses profits. Jamais non plus sur sa soif de richesse et son énergie à y parvenir. Mais plus profondément, par sa volonté de décider seule de l’orientation du contenu et de la forme que doit prendre la société, jusque dans les moindres détails, elle fait l’économie même de la société en se passant des avis de la plupart de ses membres. Elle est donc antidémocratique, agissant dans l’ombre et le secret, mettant les gens au pied du mur quand ils ne peuvent que constater tout changement intervenu dans leurs vies sans avoir été consultés ou avoir eu la possibilité de prendre une quelconque décision. Car elle n’autorise personne d’autre qu’elle-même à conduire toute transformation dans la direction qu’elle a elle-même déterminée.
Cette conduite, initiée par l’état, de nombreux politiques, la finance, le grand patronat, et leurs alliés (des intellectuels, des scientifiques, des médias, etc.) n’a d’autre finalité que de perpétuer la suprématie d’une petite partie de la société sur l’immense majorité de l’autre sur laquelle elle règne. Après avoir réalisé l’économie du débat démocratique mais surtout celle de la mise en application des décisions que ce débat aurait pu dicter, cette minorité peut alors se dispenser de toute interrogation concernant la nécessité ou non de produire telle ou telle chose, la façon de les produire, la nocivité ou non des produits utilisés dans la fabrication des marchandises, le recours à certaines techniques ou l’honnêteté de certaines pratiques bancaires par exemple. Car ce n’est plus nécessaire : si on a pu faire l’économie d’une société, on peut aussi bien faire l’économie de sa santé comme on fait déjà celle de son éducation par exemple. Le choix de cette orientation, en s’opposant ainsi aux intérêts et aux préoccupations du plus grand nombre, a finalement conduit l’économie à devenir désormais asociale et même criminelle. C’est ce qui explique la multiplication exponentielle des scandales actuels touchant des pratiques aussi variées que les tentatives de breveter le vivant (génétique, OGM, etc.) ; que l’empoisonnement à plus ou moins forte dose de nos aliments (mélamine, produits chimiques toxiques, etc.) ou des sols dans l’agriculture (pesticides, etc.) favorisant la prolifération des cancers ; que la mise sur le marché de médicaments dangereux ; que le fait de ne retenir, entre deux solutions possibles, que celle qui fait courir le plus de risques si elle est plus économique que l’autre ; que l’utilisation malhonnête de l’endettement chez les plus démunis pour pallier à la faiblesse de leurs salaires ou de leurs allocations, etc.
Cette économie accélérée, qui empêche et interdit les gens de se concerter et de décider réellement de tous les aspects de leur vie et de leur destin, a renforcé de façon considérable sa mainmise sur la société. La principale conséquence qui en a résulté est une dépendance de plus en plus grande de ses membres à l’ensemble d’un système désormais mondialisé. Que ce soit pour se nourrir, pour s’habiller, pour se loger, pour circuler, pour voyager, pour travailler, réfléchir, lire, se distraire, marcher, courir ou sauter, etc. tout doit désormais passer par les normes promulguées par elle et prendre les voies fermement « recommandées » ! C’est l’entreprise, en tant que pilier sur lequel s’appuyer, qui a servi ce vaste projet d’asservissement des peuples à la loi et à l’ordre économique. Cette entreprise aimerait bien être perçue comme une autre « famille » pour laquelle ses salariés devraient se dévouer corps et âme en donnant tout pour elle. Mais pour y parvenir, elle emploie des méthodes autrement moins familiales en déséquilibrant et en bouleversant les anciens liens sociaux, en décidant autoritairement et unilatéralement des dernières priorités, en redéfinissant en conséquence les nouvelles relations qui doivent désormais être de mise, en renforçant la hiérarchisation des « acteurs », en les mettant en concurrence, en pliant chacun aux dogmes de l’économie, à son rythme comme à ses goûts, etc. Mais la publicité qu’elle en donne est toujours souriante car elle évite toujours d’évoquer cette brutalité des rapports dans l’entreprise, les humiliations et les harcèlements qu’elle suscite.
A ce niveau de considérations, on est en droit de s’étonner qu’il existe encore des tarés pour faire la leçon aux autres en brandissant la menace d’un suicide économique – où serait le mal ? – et pour agiter le spectre du chômage qui découlerait de cette grève. Ils omettent cependant de dire que ce ne sont pas les salariés qui tirent leur pouvoir de l’économie et qu’au contraire c’est la suprématie qu’elle exerce sur eux qui les « suicide » inexorablement. Ils taisent également le fait que les entreprises n’ont pas attendu cette grève pour licencier et que beaucoup d’entre elles prendront prétexte de ce mouvement pour se débarrasser de salariés dont elles avaient de toute façon prévu de se séparer ! Ils oublient aussi de dire avec quelle facilité ces entreprises peuvent se monter aux Antilles, quels avantages on leur consent et comment elles paient un minimum d’impôts en déclarant leur siège social dans un de ces paradis fiscaux de la Caraïbe. L’arrêt momentané de l’activité économique n’épouvante que ceux qui ne conçoivent l’activité en général que comme une accumulation continuelle du capital. Mais on voit bien d’où proviennent ces plaintes intéressées : patrons mis à part, elles émanent toutes de ceux qui occupent des postes importants dans leurs entreprises. Ce n’est pas pour leurs salariés qu’ils s’inquiètent, ils craignent plutôt de perdre leurs propres emplois et les prébendes qui s’y attachent. Car ils savent que la disparition de leurs salariés les plus qualifiés pourrait à court terme entraîner la leur. Et ils se foutent complètement de leurs employés les moins qualifiés car ils pensent qu’il y en aura toujours d’autres qui viendront et qui feront moins la fine bouche. Quant à ces derniers, ils savent, pour avoir toujours été pauvres jusque là, qu’ils n’ont eu sans cesse à compter que sur eux-mêmes et que cela continuera tant qu’ils n’auront pas contrarié la marche de ce monde.