(http://www.marianne2.fr/Et-si-les-metros-se-foutaient-des-Antilles-_a175244.html)
(ceci est l'article intégral paru sur le site de Marianne2.fr)
La métropole connaissait, hier soir, sa première manifestation de soutien aux Antilles. Un défilé qui arrive tard et qui a réuni finalement peu de monde. De
quoi se demander si les métropolitains s’intéressent vraiment au sort des Antillais. Quatrième semaine de grève en Guadeloupe et… première manifestation de soutien, seulement hier soir, en
métropole. Une manifestation organisée à l’appel de treize organisations. Lutte Ouvrière est de celle-là. Le parti trotskyste a déballé les grands moyens pour l’occasion. En quittant la place de
Clichy sa sono rivalise avec celle du NPA : « Tous ensemble, tous ensemble, grève générale ! » « Des augmentations. Pas de répressions. C’est le Medef, c’est le béké qui doit payer ! », lui
répond celle de feu la LCR. En tête de cortège, on retrouve en effet Arlette Laguiller et Olivier Besancenot mais aussi Pierre Laurent, Jean-Luc Mélenchon et Clémentine Autain. Au-dessus de leurs
têtes vole une pancarte : « Antilles et métropole : “Yes we can” ». Une femme les devance. Elle brandit un panneau (« L’Etat français a envoyé les forces de l’ordre tuer les Guadeloupéens ») et
hurle à s’en décrocher la mâchoire : « Libérez la Guadeloupe ! » A l’arrière, comme en écho à sa supplique, la foule martèle un autre slogan : « La colonisation, c’est fini ! » À son passage, le
défilé ne reçoit pas vraiment de marques de sympathie. Il faut dire que le Parisien, aux heures de pointe, il est surtout solidaire avec lui-même. Et pas vraiment avec des concitoyens vivant à
plusieurs milliers de kilomètres. Aux balcons, non plus, il n’y a pas grand monde pour saluer le défilé. Si ce n’est lorsque le cortège fait une halte au pied d’un hôtel. Là, des touristes se
pressent aux fenêtres et finissent par dégainer appareils photos et camescopes, histoire sans doute de ramener dans leurs bagages un souvenir de la contestation à la française… S’intéresser aux
Antilles ? Pour les vacances seulement ! Manifestation de soutien tardive et faible mobilisation (1 000 selon la police, 4 000 selon les organisateurs), deux bonnes raisons de se demander si,
finalement, les « métros » ne se foutraient pas royalement des DOM ? Si, finalement, les travailleurs métropolitains n’arrivaient pas à s’identifier à leurs congénères antillais ? Et si, pire
encore, ces îles françaises n’étaient qu’une destination touristique parmi tant d’autres ? On est en droit de se le demander. Dimanche, le journal Le Parisien a bien utilisé sa célèbre rubrique
de micro-trottoir, « Voix express », sur le thème : « Avez-vous peur pour vos vacances à la Guadeloupe ? » De quoi inspirer une chronique acerbe à Elisabeth Lévy, sur Causeur.fr. Pourtant, les
leaders de la gauche de la gauche aimeraient bien que les « métros » se sentent concernés. Mieux, ils aimerait les voir les imiter. À l’arrivée du défilé, Place Gabriel-Péri, Olivier Besancenot
reconnaît que la manifestation « arrive peut-être un peu tard » mais explique que « le peuple de Guadeloupe nous a montré la voie. » et que « la meilleure façon de marquer notre solidarité, c’est
d’organiser la grève générale ». Pour ce faire, le leader du NPA insiste sur le fait qu’un « militant a été molesté, agressé, insulté de sale nègre par la gendarmerie. » Arlette Laguiller lui
emboîte le pas : « L’incendie est en train de se propager », explique-t-elle. Mais s’il doit « se propager » c’est qu’il n’y a « pas de spécifité antillaise », c’est que les entreprises qui
exploitent les travailleurs aux Antilles sont les mêmes que celles qui le font ici et de citer Total en exemple. Jean-Luc Mélenchon lui se fait concis (ce qui est rarement le cas) et lyrique (ce
qui est souvent le cas). Tellement lyrique qu'Olivier Besancenot et ses proches ont du mal à étouffer leurs rires : « Ecoutez ! Ecoutez ! On a peut-être traîné mais, ce soir, ils doivent nous
entendre aux Antilles. Ecoutez ! Ecoutez ! Les békés sont les mêmes là-bas et ici ! Les békés sont les mêmes là-bas et ici ! Les békés sont les mêmes là-bas et ici ! Vive la solidarité ! Vive les
travailleurs ! » Mais les « travailleurs » métropolitains se sentiront peut-être « solidaires » des « travailleurs » antillais si ces derniers finissent par décrocher les fameuses hausses de
salaires. Là, peut-être, ils les imiteront. Là, peut-être, les considèreront-ils davantage ?