Raphaël Confiant et la résistance à la traction
Pour illustrer un propos nationaliste moralisateur et donneur de leçons, Raphaël Confiant, dans son tract « Un tracteur qui brûle ou le boomerang de l'Histoire », développe une allégorie de cet « outil de travail » pour nous asséner quelques vérités productivistes tranchantes mais parfois si incertaines que nous nous permettons, pour certaines d'entre elles, d'y répondre.
D'abord, il ne s'agissait pas d'un simple défilé mais d'une véritable « armada » terrestre et qui ne fut pas « brusquement interrompue par l'irruption de jeunes » de Trénelle. Elle avait déjà été bloquée bien avant en raison de ses tentatives de forcer le passage vers la préfecture. Du reste, deux autres de ces machines servirent à enfoncer deux barrages filtrants dressés par les syndicalistes. L'une eut les pneus crevés, l'autre vit les vitres de sa cabine exploser parce qu'elle fonçait sur les grévistes au risque d'en blesser ou d'en tuer quelques uns.
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On pourrait peut-être louer la compassion et la sensibilité prolétariennes qui animent notre auteur à la vue de l'image de cet engin en flammes, s'il ne feignait de faire croire que, soi disant utilisé comme un outil de travail, celui-ci n'avait représenté rien d'autre qu'un matériel combustible pour les incendiaires. Mais ce n'était pas pour des travaux agricoles qu'on l'avait envoyé en franc-tireur mais bien comme moyen de pression et comme force de dissuasion derrière laquelle s'abritaient nos valeureux Békés dans leurs 4 x 4 ! Les jeunes manifestants savaient donc parfaitement ce qu'ils faisaient en détruisant des véhicules servant ou pouvant servir d'armes contre eux.
Ensuite, les « 130 000 habitants » de Fort-de-France et de Schoelcher seront contents d'apprendre qu'ils ne sont tous que des parasites « qui ne survi(ven)t que grâce aux transferts financiers de l'Etat français ». Comme si n'y vivait et n'y exerçait aucun commerçant petit ou grand, aucune profession libérale, aucun artisan ou aucun travailleur salarié ou employé ! Car Raphaël Confiant, dans une pure vision bureaucratique, ne veut voir dans la société qu'un affrontement entre productifs socialement utiles (y compris quand ils empoisonnent la population à coup de chloredécone ou de paraquat !) et improductifs nuisibles. Mais alors, dans quelle catégorie se rangera-t-il lui-même en tant qu'universitaire ? Ses pensées sont-elles socialement nécessaires ou mène-t-il une existence de parasite intellectuel de plus ?
Nous laissons à nos lecteurs le soin d'apprécier par eux-mêmes (sur http://montraykreyol.org/ ) la suite du texte énumérant une série de mesures, inspirées des pires réalisations de Cuba, du Cambodge ou de la Chine, qu'une Martinique indépendante, mais privée des ressources accordées par l'Etat français, devrait prendre de toute urgence. Et dans ce cas, compte tenu de leur orientation, ne serait-on pas fondé à nourrir quelque méfiance et quelque crainte si un tel commissaire du peuple, arrivé au pouvoir, se mettait en devoir de les appliquer ?
Notons enfin la diatribe sexiste méprisante contre le « cinéma de ces milliers de femmes qui font quatre ou cinq enfants, qui vivent d'allocations [...] », comme si elles les faisaient toutes seules et comme si les hommes qui les leur font n'étaient pas, dans son optique, tout autant condamnables qu'elles. Comme si donc la contraception ou le contrôle des naissances n'était que l'affaire des seules femmes. Et en quel honneur ce serait à M. Raphaël Confiant de décider que « 1 enfant par femme [et par homme ?] ou par couple, ce sera bien suffisant »?
Le prenant au mot, nous dirons pour conclure que non Raphaêl Confiant n'est pas un réactionnaire petit-bourgeois capitaliste mais tout au plus un réactionnaire petit-bourgeois stalinien...
Le coût des départements et régions d'outre-mer (suite)
La mauvaise foi et la malveillance habituelle de certains éditorialistes ou intellectuels leur font aligner des chiffres dans l'espoir de présenter les habitants des Antilles françaises comme des assistés revenant très cher à la France hexagonale. Ils oublient seulement un détail d'importance dans leurs calculs: ce que nos îles rapportent à l'Etat et la société française ! C'est ainsi, par exemple, que de nombreuses sociétés installées dans l'hexagone vivent des ressources que leur procure l'exploitation des richesses locales, du climat, des normes tropicales à appliquer ou de l'éloignement par rapport à l'Europe comme les transporteurs aériens ou maritimes, les tours operators, les opérateurs de téléphonie, les banques, les sociétés de télévision par satellite, les distributeurs de pétrole et de gaz, les sociétés privées d'équipements électriques, etc. Mais du fait de leur domiciliation, leurs profits restent dans l'hexagone et rapportent peu à la Martinique ou à la Guadeloupe par exemple.
Les gémissements déchirants de la SARA
Dans l'attente de la publication du rapport commandé par le ministre, la SARA profite des conclusions d'un pré-rapport pour se livrer à un odieux chantage. Arguant du fait que ces marges seraient beaucoup moins importantes que ce qu'en ont dit des personnes mal intentionnées et des coûts très élevés générés par ses activités et surtout par le nombre trop important de ses employés, elle agite la menace de ne plus assurer que le stockage des carburants ! Les Martiniquais iraient se servir directement au dépôt ! Et ceci, accrochons-nous, dans le but philanthropique de faire baisser les prix. Avec pour conséquence la mise à la porte de nombreux salariés et employés et la fermeture des stations-service. Voilà une entreprise qui sait « astucieusement » et tout à fait cyniquement rebondir en surfant sur les revendications de la population ! Les petits malins !
Moralité si l'on peut dire : Il faut savoir ce que vous voulez: baisse des prix ou augmentation des bas salaires mais pas les 2 à la fois, faut pas pousser ! Donc soit vous nous foutez la paix soit nous licencions, c'est vous qui l'avez cherché !
Quelques précisions concernant le statut actuel des anciens DOM-TOM
Nombreux sont ceux qui continuent à parler de DOM-TOM alors que cette entité juridique a été modifiée par la réforme constitutionnelle de 2003.
En effet, on parle désormais de DROM (départements et régions d'outre-mer) dont le statut est régi par l'article 73 de la constitution et de COM (collectivités d'outre-mer) dépendant, elles, de l'article 74.
Le récent congrès tenu en décembre 2008 et réunissant les conseils général et régional de la Martinique a décidé de soumettre à référendum populaire la transformation de l'actuel statut départemental de la Martinique en COM dont les nouveaux pouvoirs donneraient la possibilité d'évoluer vers l'autonomie selon un cadre législatif défini par l'Assemblée nationale.
Quand les patrons et l'état parlaient de liberté: la chasse aux sorcières médiatiques et journalistiques
Rappelez-vous ces mots qu'ils avaient à la bouche : « liberté de circulation », « liberté du travail », « libre entreprise », etc. A ce sujet, nous écrivions à propos des salariés en général que « la seule liberté dont leurs maîtres parlent en permanence et la seule qu'ils reconnaissent est la liberté de leur commerce pas celle de leurs esclaves salariés [...] ». Illustration.
Les annonceurs donc les vrais patrons de RCI, radio privée vivant de ses seules recettes publicitaires, veulent s'offrir la tête de Thierry Fundéré son rédacteur en chef. Ils lui reprochent non seulement ses éditoriaux mais encore d'avoir été gréviste déclaré. Il paraît que la grève est un droit reconnu et donc qu'il peut s'exercer librement. Pas pour eux. Va savoir...
A RFO, c'est Lisa David, chef d'édition, qui est en grève de la faim pour protester contre une tentative de licenciement à son encontre.
Là comme ailleurs, l'indépendance des journalistes s'arrête quand leurs patrons estiment menacée celle de leur commerce. Le contrôle qu'ils mettent en place pour une information supposée non partisane n'est en fait que l'obligation qui est faite à leurs salariés d'obéir aux ordres donnés. Avec la liberté d'aller voir ailleurs si ça ne leur plaît pas.
Viol au-dessus d'un déni de « koké »
Certains Békés ne craignant pas le ridicule ont décidé de poursuivre en justice quelques individus qui, pour contribuer humoristiquement à l'accélération du métissage de la caste des descendants des anciens colons (sic !), ont monté en guise de plaisanterie douteuse un site intitulé « koké ych béké ». Chef d'accusation : incitation au viol des filles békés !! Si dans leur interprétation particulière de la langue de leurs anciens esclaves « koké » devient « violer », on peut se demander ce que désormais parler veut dire. Faudra-t-il aller jusqu'à réformer le dictionnaire pour que ces gens puissent tenter de compenser le racisme dont a fait preuve un Huyghes-Despointes par un autre racisme imaginaire celui-là que l'on a inventé de toutes pièces en détournant fallacieusement et abusivement le sens d'un mot ?
L'Appel des 74 et l'autonomie
Les 74 signataires de ce texte, s'inscrivant dans une perspective autonomiste et indépendantiste ce qui est tout à fait leur droit, approuvent complètement les revendications que la majorité de la population avait elle-même déjà approuvées, dénoncent ce qu'elle avait elle-même déjà dénoncé, affirment ne pas vouloir récupérer un mouvement qu'ils n'ont pour l'instant pas réussi à récupérer et souhaitent « réaffirmer la légitimité politique » qu'il n'a jamais remise en cause mais que seule l'inertie des élus et des partis avait contribué à ternir et à discréditer quelque peu à ses yeux. Ils pensent donc qu'il est grand temps que les véritables spécialistes politiques de ces affaires, c'est-à-dire eux-mêmes et leurs partis, reprennent la main.
Souhaitant cantonner et enfermer les revendications et dénonciations de ce mouvement dans un cadre strictement salarial et syndical tout en y décelant contradictoirement une volonté politique et citoyenne de changer la société et le désir de mener lui-même ce changement, ils montrent qu'ils ne voient finalement en lui qu'un concurrent empiétant sur leurs plates-bandes. En lui déniant toute légitimité à « se substituer à ces exigences politiques » et à incarner « une domiciliation des responsabilités et des pouvoirs pou[vant] garantir leur concrétisation », ils lui contestent une autonomie politique qu'ils revendiquent pour eux-mêmes ! Déclarant pour conclure que « la dynamique de la rue ne doit pas occulter une autre exigence démocratique : le passage aux urnes », ces 74 inaugurent paradoxalement leur proclamation pour une autonomie politique de la Martinique en la refusant à un mouvement qui avait eu le mauvais goût de s'émanciper des règles de leurs bienséances politiques trop convenues pour entreprendre un combat politique qu'il avait été le premier à commencer et à conduire ! De l'art de vouloir impulser une autonomie avec des gens que l'on préfèrerait garder non autonomes !
Des nouvelles du front
Travail des commissions : La grève suspendue, de nombreuses commissions n'en poursuivent pas moins leurs travaux dans des réunions dont certaines portent notamment sur la baisse du prix de l'eau, celui de certains matériaux de construction comme le béton ou celui des pièces détachées (de 4 à 6 fois plus chères que dans l'hexagone !), etc.
- baisse du prix de l'eau : Le Collectif du 5 février a ainsi obtenu, dans la commission eau, la gratuité de 25 m3 par an pour les plus démunis. Il en réclamait 40.
Pour les autres, la baisse est fonction du prix déjà payé dans la limite de 100 m3 maximum :
- 3 % pour ceux qui paient entre 1 € et 1,50 € le m3 , - 5 % entre 1,50 € et 2 € le m3, - 7 % entre 2 € et 3 € et – 10 % au-delà.
- prix des pièces détachées : Les négociations entre les représentants des concessionnaires automobiles et les membres du Collectif du 5 février sont au point mort. Face à des coûts variant de 2 à 7 fois ceux de l'hexagone, le Collectif réclame une baisse pouvant aller jusqu'à 40 %. Mais là encore, on bute sur le « mystère » de la constitution des prix afin de déterminer le ou les postes sur lesquels répercuter la baisse. Les concessionnaires font de maigres propositions quand ils n'entretiennent pas un flou artistique sur ce mystère.
- emploi et retraites : Sur une plate-forme revendicative de 25 points, seulement 4 ont été jusqu'ici abordés. Le Collectif s'oppose fermement au non remplacement d'1 départ à la retraite sur 2 prévu dans le cadre de la révision générale des politiques publiques.
Etats généraux de l'Outre-mer : Le préfet Richard Samuel a été mandaté pour assurer la coordination des futurs Etats généraux chargés de définir un modèle de développement économique durable pour l'Outre-mer. En vue de leur préparation, il a déjà reçu les représentants du Médef et de la CGPME qui comptent s'impliquer dans l'ensemble des 8 ateliers prévus. Afin de leur présenter le projet, il a ensuite rencontré les membres du Collectif qui réservent pour l'instant leur position. Il est à craindre que l'Etat et les politiques ne veuillent, suite à la grève générale, reprendre la main sur les questions soulevées par le Collectif. Celui-ci a donc fait savoir qu'il veillerait à ce que les propositions faites restent conformes aux revendications de sa plate-forme. Pour ceux qui souhaitent en apprendre un peu plus sur l'organisation de ces Etats généraux, voir l'article « La grande messe du pouvoir colonial » sur http://www.caribcreole1.com/
Le plan Corail (Contrat de Reprise d'Activité et d'Initiative Locale) : Il s'agit d'un plan de relance de l'économie après la grève générale présenté par Yves Jégo. Des mesures d'urgence ont été annoncées dont les principales sont : un moratoire sur les dettes fiscales et sociales des entreprises, une suspension pendant 6 mois des poursuites pour dettes sociales et droits de douane, un plan d'apurement sur 5 ans des dettes contractées avant le 31 décembre 2008 pouvant aller jusqu'à 50 %, prêts à taux zéro pour les TPE, facilités pour recourir au chômage partiel, etc.
On vous l'avait bien dit (suite)
Sur la relation des grèves en Guadeloupe et en Martinique qu'en ont donné les médias hexagonaux, on peut compléter ses connaissances en consultant l'article « Le traitement du conflit par la presse nationale » sur http://chien-creole.blogspot.com/